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Avec le CCS, en bateau Daniel

Avec le CCS, en bateau Daniel

Team Marine Pro oct 19, 2021 Actualités 0Commentaires

L’idée d’obtenir, un jour, mon certificat suisse de capacité pour la conduite de yachts en mer me chatouillait l’esprit depuis un certain temps déjà. C’est une longue route à parcourir avec des cours, des examens, de la pratique et de la paperasse aussi. J’ai décidé de me lancer ; en bateau Daniel !

Le mois d’octobre est une période idéale pour les vacances dans le sud. Convaincu de cette idée, je suis parti en croisière en Méditerranée avec le Cruising Club Suisse (CCS). Départ de Rome et retour à Rome. Une boucle a des avantages et inconvénients. L’avantage c’est qu’on choisit son itinéraire en fonction du vent, l’inconvénient c’est qu’à un moment donné on doit faire demi-tour sans vraiment savoir quand c’est le bon moment. La Méditerranée, ça me plaisait bien parce qu’il fait chaud et qu’on est dispensé des contraintes des marées ; au niveau horaire de navigation, on est plus libre.

J’arrive donc un vendredi soir au Porto Turistico de Rome à bon port prêt à partir le lendemain aux premières heures. Le hic, c’est qu’un des équipiers arrivé en avion avec une compagnie qui ne mérite pas d’être citée ici n’avait pas reçu ses bagages, ladite compagnie faisant la grève des bagages ! Partir en short une semaine en mer, quand on annonce des vents de 25 à 40 nœuds, c’est pas idéal. L’équipier s’est donc trouvé un plan B sous forme d’une tournée de shoping nautique !

J’ai pris possession de ma couchette sous le cockpit, matelas très agréables mais placard XXS, du coup pas de rangement pour le sac qui passera chaque nuit dans le carré et la journée sur le matelas. L’Arcona 430 est équipé de 2 salles de bain et d’une belle cuisine avec frigo. Le carré est boisé ; la table à cartes équipée des équipements de navigation les plus récents, GPS, traceur, VHF, etc. Pour le lacustre habitué au dériveur que je suis, c’est le grand luxe.

A bord, chacun des 6 membres d’équipage a son rôle ; skipper 1 : Uwe, skipper 2 : Heidi, technique de bord : Hans, voiles et grément : Tobias, caisse de bord : Julia. Et moi ? la cambuse. L’entente est parfaite, chacun y met du sien ; les repas à bord ont été composés en avance et préparés avec l’improvisation nécessaire dans ce genre d’expédition. La popote s’est faite à quai uniquement, les vagues rendant une cuisine en navigation impossible faute de moussaillon pour récurer derrière. Les pâtes au saumon et les crêpes de Heidi ainsi que les croutons aux tomates de Tobias méritent mention dans le livre de bord.

La météo annonce 3 jours de vent du sud suivi d’une bascule à 180°. Donc Capri c’est fini, cap sur l’Ile d’Elbe. Par 20 à 25 nœuds de vent, on part pour une étape de 60 miles nautiques plein vent arrière. Notre skipper décide d’affaler la grand-voile quand le vent forcit. Nous effectuerons donc l’essentiel du trajet sous génois, en short avec une température de 25°. C’est ce qu’on appelle une navigation sûre et efficace, le bateau avance avec une vitesse de 8 nœuds, tout à fait respectable pour un voilier de 13 mètres pesant 10 tonnes.

Avec le temps qui passe, le travail d’équipe se répartit et devient presqu’une routine. Pendant les manœuvres de port, je suis responsable de la pendille. La pendille, c’est un fin cordage lié à l’amarre avant. On fait entrer le bateau en arrière dans la place et on frappe en premier les amarres de poupe. Ensuite on attrape avec une gaffe la pendille attachée au quai et, depuis l’arrière, on marche vers l’avant du bateau en laissant filer ce cordage dans la main. Au bout de la pendille se trouve l’amarre que l’on sort de l’eau et frappe au taquet avant ; une fois sur bâbord et une fois sur tribord. Les lacustres qui ont l’habitude d’entrer en avant dans les places y perdent leur latin et pas de bouée d’amarrage pour les aider.

Porto Santo Stefano, port le plus au nord de notre périple est un de ces endroit idylliques qu’il faut éviter en été mais qu’on n’a pas envie de quitter en automne. Du coup, on a délaissé notre bateau pour profiter d’une magnifique terrasse avec vue sur le vieux port. Le restaurant a servi à mes 5 collègues de la daurade grillée. Comme ils n’avaient pas de filet de perche du lac, je me suis rabattu sur d’excellents gnocchis.

Avant le retour, le skipper avait prévu une journée de louvoiement au cap 275° pour atteindre l’île de Giglio. Depuis que le Costa Concordia a quitté les lieux, la quiétude est revenue sur ce petit coin de terre. Et du coup les touristes se faisant rares en octobre, le garde-port ne répond pas à nos appels téléphoniques ; la saison est sans doute terminée. Nous nous déroutons donc direction sud. Entre temps, la houle s’est formée, des vagues de 2 à 3 mètres se dirigent de la Corse vers l’Italie. J’ai eu droit à ma petite et première expérience du mal de mer. On comprend beaucoup de choses dans ces moments-là. Je remercie Poséidon de ne pas avoir expérimenté davantage avec moi.

L’ultime jour de navigation a été un de ces moments de grâce pour celui qui découvre la mer. Des pointes de vent à 40 nœuds, des sifflements dans les voiles, des vagues qui écument, des paquebots, des bateaux de pêche et un équipage sans mal de mer aussi grâce aux dernières canettes de Coca, boisson favorite du marin.

Dans l’avion qui me ramenait à Genève, j’ai eu le temps de passer en revue une expérience forte, riche mais très astreignante aussi. Définitivement à recommander pour la beauté des paysages, les contacts avec les autres membres de l’équipage, les compétences et l’expérience des skippers et l’excellente organisation du Cruising Club Suisse. Avec une recommandation : prenez vos cirés dans vos bagages à main !

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